Rencontre entre un coopérateur et une chercheuse de Normandie - 23 octobre 2025
Cécile Le Corroller (ACTE1, Université de Caen) met en débat le récit d’expérience de Jean-Marc Busnel (Scop ACOME).
Née du désir de repenser l’économie sociale, Acte 1 rassemble chercheurs et acteurs engagés partageant une vision d’entraide et de coopération, ancrée dans l’histoire et tournée vers l’avenir.
Jean-Marc Busnel est devenu sociétaire de la plus grande Scop industrielle de France, Acome, en 1981. Il devient administrateur, puis Directeur des Opérations et des filiales, puis Directeur Industriel et prend sa retraite en 2022. En mode autobiographique, il raconte son parcours de vie.
Cécile Le Corroller est membre d’Acte1 et enseignante-chercheuse. Elle propose de mettre en perspective le récit de vie de Jean-Marc Busnel avec l’histoire de l’entreprise et tente d’apporter des éléments nouveaux à l’histoire plus globale des coopératives.
Le parcours de Jean-Marc Busnel (en synthèse)
« Issu d'une famille engagée localement dans les coopératives et mutuelles, j’ai découvert très tôt les valeurs de la coopération et du mutualisme. Après un DUT (Diplôme Universitaire de Technologie), le service militaire, puis une école d’ingénieur, je rejoins, en 1980, ACOME, entreprise SCOP (Société Coopérative et Participative) implantée dans ma région natale. Tout au long de ma carrière, je me suis impliqué profondément dans la vie coopérative de l’entreprise, parallèlement à mes responsabilités professionnelles. En 1993, j’obtiens un DESS (Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées, bac+5) en administration des entreprises à l’IAE (Institut d’Administration des Entreprises) de Caen.
Je gravis ensuite les échelons d’ACOME jusqu’à devenir : Directeur des Opérations industrielles (France, Chine, Brésil), Directeur de la Branche Télécom, Directeur Industriel du Groupe et de l’établissement de Romagny.
Parallèlement, je m’engage fortement dans le Crédit Mutuel, devenant administrateur local en 1993, puis président du groupe régional de Basse-Normandie en 2018. Militant actif du mouvement SCOP, je suis élu administrateur dès 1998 de ACOME, puis vice-président de l’Union Régionale des SCOP de l’Ouest, représentant également ce mouvement à la CRESS (Chambre Régionale d’Économie Sociale et Solidaire) et au CESR (Conseil Économique et Social Régional) de Normandie.
Mon engagement social se poursuit avec la présidence (depuis 2014) de l’association Les Hirondelles, qui gère deux résidences autonomie de 170 résidents à Parigny et Saint-Hilaire-du-Harcouët. »
Un aspect de la mise en perspective historique par Cécile Le Corroller :
la famille au cœur de l’histoire des coopératives et réciproquement (extrait)
Les entreprises de l’économie sociale ont pu être présentées comme de « grandes familles » : depuis les phalanstères imaginés dans les années 1820 par Charles Fourier comme des communautés de travail organisées en systèmes familiaux, en passant par le familistère de Guise, jusqu’aux coopératives encore nombreuses aujourd’hui à s’appeler « La fraternelle ». Dès le 19ème siècle, la coopération économique et sociale est une forme de fraternalisme populaire qui s’exprime et s’organise en opposition à l’individualisme de l’économie et de la société de marché.
La famille constitue le socle social de base. Son histoire permet de raconter cette zone intermédiaire entre l’individu et le groupe, entre la biographie personnelle et l’histoire collective, entre l’autodétermination et l’appartenance. Les histoires de « petites gens », les études de cas et les biographies permettent de mettre en exergue des stratégies de réseaux familiaux et professionnels. L’histoire de la famille constitue une grille de lecture fructueuse pour comprendre l’histoire des coopératives. Pour les sociétaires, l’esprit de famille est présent au travail comme à la maison. Et quand, dans la société, de nombreuses familles se déstructurent, se décomposent, se recomposent, cela interfère avec l’histoire vécue dans les coopératives.
Au 19ème siècle, en France, dans les milieux populaires, des associations ouvrières et des coopératives se constituent pour que les familles puissent mieux vivre. Pendant les Trente Glorieuses, alors que la famille type, composée de deux parents et deux enfants, est bien intégrée au système économique et au système public de sécurité sociale, l’ESS reste « silencieuse ». Depuis les années 1970, les restructurations familiales (familles monoparentales, recomposées, éclatées) s’opèrent parallèlement à un renouveau des formes d’ESS.
Du point de vue des acomien.nes, l’histoire des familles locales est telle qu’elle suscite une inquiétude quant à l’éloignement des lieux de résidences des sociétaires. En même temps que le niveau de qualification des personnes recrutées augmente, le bassin de vie des sociétaires d’ACOME s’agrandit et se fragmente. L’ancrage territorial, les liens coopératifs, la vie démocratique eu sein de la Scop et son identité même sont en jeu.
La question d’un auditeur : « Et sur un plan réflexif, avec le recul, qu’avez-vous, l’un et l’autre, retiré de cette expérience ? »
La réponse de Jean-Marc Busnel et Cécile Le Corroller suivie d’une synthèse par Jean-François Draperi dans le fichier audio (11mn environ).